La vie est simple quand on a rien à perdre. La routine quotidienne, métro-boulot-dodo. Les sorties entre amis, les matchs de foot à la télé, les parts de pizzas sur le canapé, les soirées sur l’ordi, cette vieille routine perpétuelle. Et puis un jour tu te réveilles, prêt à continuer cette parodie de vie. Et au moment où tu t’y attends le moins, tout bascule. Il a suffit d’une seconde, d’un regard, pour que tu saches que ta vie avait désormais un sens. Au début tu refoules ce sentiment, bah ouais, après tout ta routine elle te convient, elle te protège, si tu n’as rien à perdre tu ne peux qu’être heureux non? Et puis de quel droit cette personne se permet-elle de vouloir changer un cycle que tu avais entamé depuis ta naissance? Alors, par peur, ou plutôt par lâcheté, tu décides de l’oublier. Et tu recommences. Tes sorties entre potes, tes matchs à la télé, ton boulot qui te fait chier. Tant qu’il y a du monde à côté de toi tout va bien. Tu ne penses plus à cette personne, à vrai dire tu ne penses à rien. Vient le soir, tu t’allonges, tu fermes les yeux. Et la première chose que tu vois c’est son visage, alors tu les rouvres et tu recommences. Tu as beau recommencer un millier de fois, tu verras toujours son visage, ses yeux, son sourire, sa façon de te regarder. Et c’est là que tu comprends, tu comprends que ta vie a changé, que rien ne sera plus pareil, sans même qu’on t’ai demandé ton avis. Les jours passent, puis les mois, la pluie et les couleurs orangées de l’automne se transforment en un soleil éclatant, rougeoyant de mille feux. Et au fond, tu t’en fous de tout ce qui t’entoure, tu te fous de ces soirées à la con, de ce boulot de merde, et de toutes ces choses futiles. Parce que tout ça c’était pas important. Parce que jusque-là tu vivais sans raison, et qu’en un instant tu as trouvé une raison de vivre. Parce que tu comprends que ce sera à double tranchant, que tu sais que si ça fonctionne tu seras sûrement le plus heureux des hommes sur Terre, et que si cela échoue rien ni personne ne pourra te consoler. Parce que tu es amoureux.



Crédit photo : Mélanie Laurent dans le film “Je vais bien, ne t’en fais pas.”

La vie est simple quand on a rien à perdre. La routine quotidienne, métro-boulot-dodo. Les sorties entre amis, les matchs de foot à la télé, les parts de pizzas sur le canapé, les soirées sur l’ordi, cette vieille routine perpétuelle. Et puis un jour tu te réveilles, prêt à continuer cette parodie de vie. Et au moment où tu t’y attends le moins, tout bascule. Il a suffit d’une seconde, d’un regard, pour que tu saches que ta vie avait désormais un sens. Au début tu refoules ce sentiment, bah ouais, après tout ta routine elle te convient, elle te protège, si tu n’as rien à perdre tu ne peux qu’être heureux non? Et puis de quel droit cette personne se permet-elle de vouloir changer un cycle que tu avais entamé depuis ta naissance? Alors, par peur, ou plutôt par lâcheté, tu décides de l’oublier. Et tu recommences. Tes sorties entre potes, tes matchs à la télé, ton boulot qui te fait chier. Tant qu’il y a du monde à côté de toi tout va bien. Tu ne penses plus à cette personne, à vrai dire tu ne penses à rien. Vient le soir, tu t’allonges, tu fermes les yeux. Et la première chose que tu vois c’est son visage, alors tu les rouvres et tu recommences. Tu as beau recommencer un millier de fois, tu verras toujours son visage, ses yeux, son sourire, sa façon de te regarder. Et c’est là que tu comprends, tu comprends que ta vie a changé, que rien ne sera plus pareil, sans même qu’on t’ai demandé ton avis. Les jours passent, puis les mois, la pluie et les couleurs orangées de l’automne se transforment en un soleil éclatant, rougeoyant de mille feux. Et au fond, tu t’en fous de tout ce qui t’entoure, tu te fous de ces soirées à la con, de ce boulot de merde, et de toutes ces choses futiles. Parce que tout ça c’était pas important. Parce que jusque-là tu vivais sans raison, et qu’en un instant tu as trouvé une raison de vivre. Parce que tu comprends que ce sera à double tranchant, que tu sais que si ça fonctionne tu seras sûrement le plus heureux des hommes sur Terre, et que si cela échoue rien ni personne ne pourra te consoler. Parce que tu es amoureux.

Crédit photo : Mélanie Laurent dans le film “Je vais bien, ne t’en fais pas.”

La vérité c’est que l’être humain est bien plus complexe que ce qu’il ne s’imagine. À force de vivre des choses sans intérêt, prendre des décisions obsolètes comme “Qu’est-ce que je vais manger ce soir?” ou encore “Quelle émission vais-je regarder?” il s’imagine que tout est simple. La réalité est toute autre, et quand il doit faire face à des événements plus graves, à des décisions plus importantes, il se trouve alors perdu. Il a tellement l’habitude que tout soit limpide, clair, simple, que quand une vraie décision s’offre à lui, il préfère la plupart du temps s’en dédouaner, la déléguer à quelqu’un d’autre, fuir. Mais, parfois, cela est impossible, et c’est dans ces moments-là que l’on se rend compte de la complexité qui nous constitue. Pourquoi dont, il passe la journée à attendre un message de celle qu’il aime, alors même qu’il sait pertinemment qu’il ne lui répondra pas, parce que selon lui elle aurait dû le lui envoyer avant? Pourquoi un homme est-il prêt à risquer sa vie pour un inconnu, un pays, tout en sachant que le bonheur se trouve juste devant lui, l’implorant de rester là, près d’elle. Et alors même qu’il est convaincu que la meilleure décision serait de l’écouter, il décide de partir. Pourquoi est-ce que, par moments, prend-il des décisions tout en sachant que ce ne sont pas les bonnes? C’est ce qui fait la complexité de l’être humain. Sa capacité à surpasser la logique, à ignorer les conséquences de ses actes, à blâmer les autres tout en sachant que le seul fautif, c’est lui-même.

La vérité c’est que l’être humain est bien plus complexe que ce qu’il ne s’imagine. À force de vivre des choses sans intérêt, prendre des décisions obsolètes comme “Qu’est-ce que je vais manger ce soir?” ou encore “Quelle émission vais-je regarder?” il s’imagine que tout est simple. La réalité est toute autre, et quand il doit faire face à des événements plus graves, à des décisions plus importantes, il se trouve alors perdu. Il a tellement l’habitude que tout soit limpide, clair, simple, que quand une vraie décision s’offre à lui, il préfère la plupart du temps s’en dédouaner, la déléguer à quelqu’un d’autre, fuir. Mais, parfois, cela est impossible, et c’est dans ces moments-là que l’on se rend compte de la complexité qui nous constitue. Pourquoi dont, il passe la journée à attendre un message de celle qu’il aime, alors même qu’il sait pertinemment qu’il ne lui répondra pas, parce que selon lui elle aurait dû le lui envoyer avant? Pourquoi un homme est-il prêt à risquer sa vie pour un inconnu, un pays, tout en sachant que le bonheur se trouve juste devant lui, l’implorant de rester là, près d’elle. Et alors même qu’il est convaincu que la meilleure décision serait de l’écouter, il décide de partir. Pourquoi est-ce que, par moments, prend-il des décisions tout en sachant que ce ne sont pas les bonnes? C’est ce qui fait la complexité de l’être humain. Sa capacité à surpasser la logique, à ignorer les conséquences de ses actes, à blâmer les autres tout en sachant que le seul fautif, c’est lui-même.

- Il s’est passé quoi dans ta vie pour que tu sois comme ça?
- Pour que je sois comment? Et d’abord c’est quoi cette question stupide?
- Pour que tu deviennes cet espèce de gros con égoïste et égocentrique. Cet imbécile qui ne voit rien, ne comprend rien, ne veut rien. Chaque jour tu t’assois à la même place au fond de la salle. Tu t’assois, sans un mot. Tu esquives mes regards, à vrai dire tu esquives tout. Tu restes assis sur cette chaise, sans un mot, sans un geste. Quand vient l’heure de manger tu ranges mécaniquement une à une tes affaires dans ton sac et tu pars manger seul dans les bois. Et puis d’abord, qu’est-ce que tu leurs trouves à ces bois?
- La solitude, la plénitude.
- Pourquoi t’es devenu ce mec là? Prêt à tout pour t’exclure, te marginaliser? Et puis d’abord ça t’avance à quoi de faire ça? Tu crois que ça va t’apporter un semblant de bonheur?
- Le bonheur? Tu parles d’une connerie. Le bonheur c’est un concept inventé par la société pour la société. C’est comme la St. Valentin et toutes ces inepties. Tu vois la société elle te fait naître, elle te fait croire que ta vie à un sens, que tu sers à quelque chose, mais tu veux savoir ton véritable rôle sur Terre? Faire tourner la société, c’est juste ça ton rôle. Bah ouais ma grande, ça fout un coup quand on s’en rend compte, mais quand tu le sais, tu vois la vie d’une autre façon.
- Et moi tu veux que je te dise quelque chose? Hier soir je me suis assise près de ma fenêtre et j’ai regardé le ciel. J’ai vu toutes ces étoiles, ce paysage qui s’offrait à moi. Tu savais toi que certaines de ces étoiles ont des milliards d’années? Il y a même certaines étoiles que tu vois et qui n’existent plus depuis des millions d’années.
- Et alors? Après tout ça change rien à ma vie que ces putains d’étoiles soient là ou pas.
- Tais-toi et laisse-moi finir. Ces étoiles, tout comme le sable sur lequel tu marches, ça fait des siècles qu’ils sont là. Toi et moi il nous reste combien d’années à vivre hein? Tu réponds plus bizarrement. Bah je vais te le dire moi, on vivra pas des millions d’années, encore moins des milliards. Et dans 200 ans, on existera même plus, plus personne ne se souviendra de nous. Tu vois ces étoiles à la con comme tu dis, elles sont là depuis des siècles et des siècles, et tout le monde les voit encore. T’imagine le calvaire? T’imagine si dans un million d’années, tout le monde pouvait entendre tes bêtises? T’as cet avantage là, tu peux encore te reprendre, arrêter de tout lâcher, arrêter de ne rien ressentir, arrêter de t’isoler et de ne pas voir tout ce que les gens voient quand ils te regardent.
- Tu comprends rien. Tu me juges sans même me connaître, et crois-moi c’est bien mieux comme ça. Je n’arrive plus à ressentir quoique ce soit, et tu veux que je te dise pourquoi? Comment veux-tu faire confiance aux humains? Bah ouais j’ai fait confiance. J’ai pas toujours été le mec que t’as en face de toi. Mais tu vois la société elle est à double tranchant. Elle inclue ceux qui se sentent concernés par toutes les choses futiles qu’elle offre, et elle exclue les mecs comme moi. Quand t’es pas un gars drôle, que t’écoutes pas les groupes du moment, et pas très sociable tu vois, on te fout à la porte, on te juge, on se moque. Alors tu veux savoir pourquoi je vais manger dans ces bois? Parce que de tous les arbres que j’ai vu, il n’y en a pas un qui m’a dévisagé, de toutes les feuilles sur lesquelles j’ai marché aucune ne s’est moquée. Alors j’ai continué, j’ai continué ma route, j’ai marché et là j’ai vu le jour, j’ai vu le ciel. J’ai vu cette immensité qui me regardait tout comme je te regarde toi, et j’ai compris. J’ai compris que pour vivre “heureux” il fallait vivre caché. Il fallait accepter cette exclusion, j’en avais marre de me battre, ça servait à quoi de toutes façons. Tu dis que je ne vois pas ce que les gens voient en me regardant? Bien sûr que je le vois. Je vois ces regards, ces moqueries incessantes, ces mecs qui se pensent intelligents parce qu’ils sont en bande. Alors pour toi c’est facile, t’es jolie, t’es même magnifique. T’as des yeux à en faire pâlir le plus noir des cieux étoilés. Il te suffit d’un sourire pour que n’importe quel type soit à tes pieds. Mais moi j’ai quoi pour moi? J’ai aucune conversation, à force d’être seul on en devient mutique. Je fais 40 kilos de trop, et je ressemble pas à grand chose. J’suis pas fait pour tout ça. Tu vois, j’avais pas décidé de naître, c’est arrivé, comme ça. Sans même qu’on me prévienne, qu’on me demande mon avis. J’ai pas signé un papelard moi, je suis juste né comme ça, un beau matin. Alors maintenant j’improvise.
- C’est toi qui comprend rien. Tout ce que tu m’as dit là j’le savais déjà de toutes façons, et ça c’est le plus important.
- Comment tu pouvais savoir tout ça? J’en ai jamais parlé à personne, je parle jamais à personne.
- Parce que j’ai vu tout ça, je te connais tu sais. Ca fait quatre ans qu’on est dans la même classe par le hasard des choses. Mais je refuse de croire aux coïncidences, au hasard. C’est comme si Dieu lui-même avait voulu qu’on se rencontre. Et j’ai lu en toi. J’ai lu en toi comme je n’ai jamais lu en qui que ce soit, moi y comprise. Et un midi j’ai décidé de te suivre. Je voulais savoir ce que tu faisais dans les bois. Et tu pleurais, continuellement, pendant les deux heures où je t’ai vue tu pleurais. Et ça m’a fait plus de mal que quand je pleure moi. Je me suis sentie vidée de l’intérieur, j’ai oublié tout ce que je connaissais jusque-là. C’est ce jour-là que j’ai appris. J’ai plus appris en deux heures avec toi seul, qu’en 20 ans avec tout le monde. Et ce jour-là j’ai compris. J’ai compris que ma seule utilité sur cette putain de Terre c’était pas de faire tourner la société comme tu dis, c’était de ne plus jamais voir une seule larme sur ton visage. Que mon seul but c’était de te faire sourire, et de te faire comprendre combien je t’aime. Alors ouais, ces connards se moquent de toi, mais on en a rien à faire. Est-ce qu’ils te connaissent eux? Non. Et puis d’abord qu’est-ce qu’ils connaissent à la vie? Bah rien du tout. Et j’espère pour eux qu’un jour ils ressentiront un millième de ce que je ressens pour toi. C’est la première fois qu’on discute, et tu parles tellement peu que j’ai même l’impression que c’est la première fois que j’entends ta voix. Et malgré tout ça je suis amoureuse de toi. Mon regard peut faire frémir n’importe quel garçon? Je m’en contre-fiche. Celui que j’aime c’est pas n’importe qui, c’est quelqu’un de bien plus profond que tous ces idiots, quelqu’un de bien plus intéressant, quelqu’un de bien plus intelligent, quelqu’un qui a pas besoin de me faire rire, quelqu’un qui a pas besoin d’écouter ces groupes débiles pour me faire tomber amoureuse. Et surtout ne change jamais. Ne deviens pas ce genre de gars, reste celui que tu es, celui que je connais, celui que je vois jour après jour depuis quatre ans. Promets-moi juste une chose. Je ne veux plus jamais voir une seule larme sur ton visage. Tes yeux sont bien trop perçants pour être gâchés par des larmes. Et quand un jour, tu voudras refaire confiance à quelqu’un, quand tu seras prêt à ouvrir ton coeur comme tu m’as indirectement ouvert ton âme, je serais là, je t’attendrais.
- Ca fait pas quatre ans qu’on se connaît. Ca en fait vingt et un. Ca fait vingt et un ans que je t’imagine. Enfin, même dans mes pensées les plus profondes, dans mes réflexions les plus poussées je n’ai imaginé quelqu’un comme toi. Je pensais que la femme parfaite n’existait que dans mes rêves et j’avais raison. Toi t’es bien au-dessus de ça, la perfection c’est qu’un mot dans un dictionnaire, c’est quelque chose que tu dis avec ta tête. Moi il n’y a pas de mot pour te décrire ce que je ressens pour toi. Et tu sais pourquoi? Parce qu’il faudrait que j’apprenne à penser à mon coeur. Parce que les sentiments, les vrais, c’est pas avec des mots que tu les dis, ils sont enfouis sous ta carapace, il n’y a que toi qui peut les comprendre, mais tout est plus facile quand tu rencontres quelqu’un qui fait chavirer tous tes plans. Et ça fait pas quatre ans qu’on se connait tous les deux, mais 1527 jours, 1528 dans deux heures. Je n’ai jamais arrêté de penser à toi depuis ces 1527 jours, je n’ai pensé qu’à toi, depuis le premier jour où je t’ai vue. J’avais juste peur que tu me vois comme les autres me voient, c’est pour ça que j’esquivais tes regards, j’avais peur que tu te moques de moi. Et si j’ai un rôle dans cette vie, c’est celui de te répéter chaque jour de plus que Dieu m’offrira, que je t’aime, que tu es la plus jolie et la plus précieuse des choses qu’il m’aie été donné de connaître. Alors pardonne-moi d’avoir perdu 1527 journées, je n’en perdrais plus une seule. Sache que je t’aime et que rien n’y personne ne pourra changer cet amour indéfectible qui nous lie désormais.

- Il s’est passé quoi dans ta vie pour que tu sois comme ça?

- Pour que je sois comment? Et d’abord c’est quoi cette question stupide?

- Pour que tu deviennes cet espèce de gros con égoïste et égocentrique. Cet imbécile qui ne voit rien, ne comprend rien, ne veut rien. Chaque jour tu t’assois à la même place au fond de la salle. Tu t’assois, sans un mot. Tu esquives mes regards, à vrai dire tu esquives tout. Tu restes assis sur cette chaise, sans un mot, sans un geste. Quand vient l’heure de manger tu ranges mécaniquement une à une tes affaires dans ton sac et tu pars manger seul dans les bois. Et puis d’abord, qu’est-ce que tu leurs trouves à ces bois?

- La solitude, la plénitude.

- Pourquoi t’es devenu ce mec là? Prêt à tout pour t’exclure, te marginaliser? Et puis d’abord ça t’avance à quoi de faire ça? Tu crois que ça va t’apporter un semblant de bonheur?

- Le bonheur? Tu parles d’une connerie. Le bonheur c’est un concept inventé par la société pour la société. C’est comme la St. Valentin et toutes ces inepties. Tu vois la société elle te fait naître, elle te fait croire que ta vie à un sens, que tu sers à quelque chose, mais tu veux savoir ton véritable rôle sur Terre? Faire tourner la société, c’est juste ça ton rôle. Bah ouais ma grande, ça fout un coup quand on s’en rend compte, mais quand tu le sais, tu vois la vie d’une autre façon.

- Et moi tu veux que je te dise quelque chose? Hier soir je me suis assise près de ma fenêtre et j’ai regardé le ciel. J’ai vu toutes ces étoiles, ce paysage qui s’offrait à moi. Tu savais toi que certaines de ces étoiles ont des milliards d’années? Il y a même certaines étoiles que tu vois et qui n’existent plus depuis des millions d’années.

- Et alors? Après tout ça change rien à ma vie que ces putains d’étoiles soient là ou pas.

- Tais-toi et laisse-moi finir. Ces étoiles, tout comme le sable sur lequel tu marches, ça fait des siècles qu’ils sont là. Toi et moi il nous reste combien d’années à vivre hein? Tu réponds plus bizarrement. Bah je vais te le dire moi, on vivra pas des millions d’années, encore moins des milliards. Et dans 200 ans, on existera même plus, plus personne ne se souviendra de nous. Tu vois ces étoiles à la con comme tu dis, elles sont là depuis des siècles et des siècles, et tout le monde les voit encore. T’imagine le calvaire? T’imagine si dans un million d’années, tout le monde pouvait entendre tes bêtises? T’as cet avantage là, tu peux encore te reprendre, arrêter de tout lâcher, arrêter de ne rien ressentir, arrêter de t’isoler et de ne pas voir tout ce que les gens voient quand ils te regardent.

- Tu comprends rien. Tu me juges sans même me connaître, et crois-moi c’est bien mieux comme ça. Je n’arrive plus à ressentir quoique ce soit, et tu veux que je te dise pourquoi? Comment veux-tu faire confiance aux humains? Bah ouais j’ai fait confiance. J’ai pas toujours été le mec que t’as en face de toi. Mais tu vois la société elle est à double tranchant. Elle inclue ceux qui se sentent concernés par toutes les choses futiles qu’elle offre, et elle exclue les mecs comme moi. Quand t’es pas un gars drôle, que t’écoutes pas les groupes du moment, et pas très sociable tu vois, on te fout à la porte, on te juge, on se moque. Alors tu veux savoir pourquoi je vais manger dans ces bois? Parce que de tous les arbres que j’ai vu, il n’y en a pas un qui m’a dévisagé, de toutes les feuilles sur lesquelles j’ai marché aucune ne s’est moquée. Alors j’ai continué, j’ai continué ma route, j’ai marché et là j’ai vu le jour, j’ai vu le ciel. J’ai vu cette immensité qui me regardait tout comme je te regarde toi, et j’ai compris. J’ai compris que pour vivre “heureux” il fallait vivre caché. Il fallait accepter cette exclusion, j’en avais marre de me battre, ça servait à quoi de toutes façons. Tu dis que je ne vois pas ce que les gens voient en me regardant? Bien sûr que je le vois. Je vois ces regards, ces moqueries incessantes, ces mecs qui se pensent intelligents parce qu’ils sont en bande. Alors pour toi c’est facile, t’es jolie, t’es même magnifique. T’as des yeux à en faire pâlir le plus noir des cieux étoilés. Il te suffit d’un sourire pour que n’importe quel type soit à tes pieds. Mais moi j’ai quoi pour moi? J’ai aucune conversation, à force d’être seul on en devient mutique. Je fais 40 kilos de trop, et je ressemble pas à grand chose. J’suis pas fait pour tout ça. Tu vois, j’avais pas décidé de naître, c’est arrivé, comme ça. Sans même qu’on me prévienne, qu’on me demande mon avis. J’ai pas signé un papelard moi, je suis juste né comme ça, un beau matin. Alors maintenant j’improvise.

- C’est toi qui comprend rien. Tout ce que tu m’as dit là j’le savais déjà de toutes façons, et ça c’est le plus important.

- Comment tu pouvais savoir tout ça? J’en ai jamais parlé à personne, je parle jamais à personne.

- Parce que j’ai vu tout ça, je te connais tu sais. Ca fait quatre ans qu’on est dans la même classe par le hasard des choses. Mais je refuse de croire aux coïncidences, au hasard. C’est comme si Dieu lui-même avait voulu qu’on se rencontre. Et j’ai lu en toi. J’ai lu en toi comme je n’ai jamais lu en qui que ce soit, moi y comprise. Et un midi j’ai décidé de te suivre. Je voulais savoir ce que tu faisais dans les bois. Et tu pleurais, continuellement, pendant les deux heures où je t’ai vue tu pleurais. Et ça m’a fait plus de mal que quand je pleure moi. Je me suis sentie vidée de l’intérieur, j’ai oublié tout ce que je connaissais jusque-là. C’est ce jour-là que j’ai appris. J’ai plus appris en deux heures avec toi seul, qu’en 20 ans avec tout le monde. Et ce jour-là j’ai compris. J’ai compris que ma seule utilité sur cette putain de Terre c’était pas de faire tourner la société comme tu dis, c’était de ne plus jamais voir une seule larme sur ton visage. Que mon seul but c’était de te faire sourire, et de te faire comprendre combien je t’aime. Alors ouais, ces connards se moquent de toi, mais on en a rien à faire. Est-ce qu’ils te connaissent eux? Non. Et puis d’abord qu’est-ce qu’ils connaissent à la vie? Bah rien du tout. Et j’espère pour eux qu’un jour ils ressentiront un millième de ce que je ressens pour toi. C’est la première fois qu’on discute, et tu parles tellement peu que j’ai même l’impression que c’est la première fois que j’entends ta voix. Et malgré tout ça je suis amoureuse de toi. Mon regard peut faire frémir n’importe quel garçon? Je m’en contre-fiche. Celui que j’aime c’est pas n’importe qui, c’est quelqu’un de bien plus profond que tous ces idiots, quelqu’un de bien plus intéressant, quelqu’un de bien plus intelligent, quelqu’un qui a pas besoin de me faire rire, quelqu’un qui a pas besoin d’écouter ces groupes débiles pour me faire tomber amoureuse. Et surtout ne change jamais. Ne deviens pas ce genre de gars, reste celui que tu es, celui que je connais, celui que je vois jour après jour depuis quatre ans. Promets-moi juste une chose. Je ne veux plus jamais voir une seule larme sur ton visage. Tes yeux sont bien trop perçants pour être gâchés par des larmes. Et quand un jour, tu voudras refaire confiance à quelqu’un, quand tu seras prêt à ouvrir ton coeur comme tu m’as indirectement ouvert ton âme, je serais là, je t’attendrais.

- Ca fait pas quatre ans qu’on se connaît. Ca en fait vingt et un. Ca fait vingt et un ans que je t’imagine. Enfin, même dans mes pensées les plus profondes, dans mes réflexions les plus poussées je n’ai imaginé quelqu’un comme toi. Je pensais que la femme parfaite n’existait que dans mes rêves et j’avais raison. Toi t’es bien au-dessus de ça, la perfection c’est qu’un mot dans un dictionnaire, c’est quelque chose que tu dis avec ta tête. Moi il n’y a pas de mot pour te décrire ce que je ressens pour toi. Et tu sais pourquoi? Parce qu’il faudrait que j’apprenne à penser à mon coeur. Parce que les sentiments, les vrais, c’est pas avec des mots que tu les dis, ils sont enfouis sous ta carapace, il n’y a que toi qui peut les comprendre, mais tout est plus facile quand tu rencontres quelqu’un qui fait chavirer tous tes plans. Et ça fait pas quatre ans qu’on se connait tous les deux, mais 1527 jours, 1528 dans deux heures. Je n’ai jamais arrêté de penser à toi depuis ces 1527 jours, je n’ai pensé qu’à toi, depuis le premier jour où je t’ai vue. J’avais juste peur que tu me vois comme les autres me voient, c’est pour ça que j’esquivais tes regards, j’avais peur que tu te moques de moi. Et si j’ai un rôle dans cette vie, c’est celui de te répéter chaque jour de plus que Dieu m’offrira, que je t’aime, que tu es la plus jolie et la plus précieuse des choses qu’il m’aie été donné de connaître. Alors pardonne-moi d’avoir perdu 1527 journées, je n’en perdrais plus une seule. Sache que je t’aime et que rien n’y personne ne pourra changer cet amour indéfectible qui nous lie désormais.